Mali : contexte économique

Rencontre avec Séga Goundiam, Docteur en mathématiques, Professeur d’université en France et au Mali, membre du TOKTEN (Transfert de connaissances par l’intermédiaire des nationaux expatriés). Séga Goundiam évoque le contexte économique et social du Mali et ses perspectives.

Quelle est la structure de l’économie malienne ?

L’économie malienne est marquée par la prédominance des secteurs primaire (36% du produit intérieur brut) et tertiaire (35.6% du PIB). Ainsi, le coton, les transports et les télécommunications, le bâtiment, l’or y occupent une place prépondérante. Avant la crise de 2012, qui a provoqué une quasi-recession, l’économie malienne avait un trend autour de 5% de croissance. Depuis elle retrouve son rythme passé, supérieur à 5%. Le taux de pauvreté est supérieur à 40%.

Quel a été l’impact de la guerre sur l’activité économique ? Quels ont été les secteurs les plus affectés ?

Il y a d’abord un impact humain avec tous les morts, les blessés, les traumatisés de toutes sortes, qui évidemment ont une incidence sur les capacités créatrices et productives des populations. Il y a aussi toutes les ressources financières et matérielles consacrées à la guerre, toutes les destructions engendrées, qui manquent et manqueront sur le terrain du développement du pays. Cette guerre, avec l’insécurité qui l’accompagne, a stoppé tous les projets de développement, en faisant fuir acteurs du développement et touristes. Elle a impacté la vie culturelle sur l’ensemble du pays, mettant à l’arrêt les festivals, multiples, qui étaient devenus des références.

En résumé, elle a dégradé à tous points de vue, la destination Mali. Avec des conséquences sur le tourisme, y compris sur les artisans, le secteur hôtelier et le commerce. En réalité tous les secteurs ont été affectés, parce que la consommation s’est effondrée, les investissements ont été stoppés.

Quels sont les atouts économiques du Mali ?

Les atouts économiques du Mali sont nombreux. Tout d’abord, les immenses et variées richesses potentielles raisonnablement présumées du sous-sol. Ensuite les possibilités agricoles sont considérables, comme en témoignent les performances passées de l’Office du Niger, pour ne citer que celles-ci. Paradoxalement, les cours d’eau constituent un atout considérable pour ce pays sahélien en grande partie désertique. Ces possibilités agricoles constituent également un levier pour l’élevage. A ces atouts intrinsèques, il faut ajouter la position géographiquement centrale du Mali en Afrique de l’Ouest, rendant accessible les marchés des pays voisins, pour peu que les infrastructures soient développées et entretenues.

Cette situation pourrait faire du Mali un hub naturel pour les échanges inter-régionaux. Il faut également citer les progrès en matière de facilitation du business au Mali : le Guichet Unique et les premiers progrès constatés dans le classement Doing-Business.

Quelles opportunités pour les investisseurs ? Quels secteurs porteurs ?

La facilitation croissante du business, donc des investissements et créations, avec les atouts évoqués ci-dessus, constituent, à n’en pas douter, des opportunités pour des investisseurs. Le code de l’investissement retravaillé est l’un des plus favorables pour un deal « Gagnant-Gagnant » lorsqu’on considère tous les aspects économiques-sociaux (emplois, revenus distribués, impôts et taxes, développement humain).

Parmi les secteurs porteurs, je citerai les mines, l’agro-pastoral pour des investisseurs « pressés ». Mais j’élargirais la question sur un angle « portée générale et cohérence sur la durée ». Je répondrais alors : infrastructures (énergie et transports en priorité), agro-pastoral, mines. Les mines pouvant procurer les moyens financiers pour relayer. L’agro-pastoral (y compris la transformation des produits sur place) procurant du travail aux populations, le développement d’un écosystème autour, couvrant l’éducation et la santé, et assurant la sécurité alimentaire qui est partie de la sécurité (des personnes et des biens). Les infrastructures permettront le stockage, et le transport de ces productions locales, transformées localement, évitant les pertes liées à la conservation déficiente. Ce schéma mérite d’être davantage développé. Il est élément d’une stratégie globale, cohérente et évolutive.

Quel environnement pour le secteur privé ? Quel climat pour les affaires ?

Comme atouts économiques du Mali, j’ai déjà cité : le nouveau code d’investissement, le Guichet Unique, les progrès dans le classement Doing-Business. Ces évolutions, encore à renforcer, sont favorables au secteur privé. L’intérêt d’un secteur privé fort dans l’économie malienne, est une évidence pour tout observateur objectif. Pour s’en convaincre, il suffit de s’intéresser à l’évolution après privatisations d’entreprises des secteurs des banques et de téléphonie, pour constater que des entreprises auparavant tenues à bout de bras par un état pauvre, sont devenues performantes, pourvoyant des subsides à l’Etat et des emplois aux maliens. L’environnement et les conditions des privatisations sont évidement déterminants pour la réussite de ces opérations. Certains contre-exemples existent, lorsqu’on leste les entreprises privatisées, de diverses charges, économiquement mortifères.

Pourquoi investir aujourd’hui ?

La période est propice parce que beaucoup est à faire, les opportunités sont donc nombreuses. Le Mali est sous le feu des projecteurs, à son corps défendant, mais c’est ainsi, avec ses atouts considérables déjà évoqués. Les institutions internationales sont mobilisées pour créer les conditions favorisant la paix par l’économie (antidote de la désespérance). Tout ceci fait que l’intérêt du Mali pour les investisseurs potentiels est très fort, comme l’atteste le succès des emprunts obligataires du Mali auprès des investisseurs. La prise de conscience que les investissements constituent une planche de salut pour l’économie, par laquelle passera nécessairement la sécurité qui nous a tant manqué, et nous manque encore.

Les investissements économiques couvrent également et évidemment les secteurs culturels, éducatifs, de santé, mais aussi le développement durable. Pour réaliser des progrès dans tous ces domaines, ces secteurs doivent être investis et bénéficier d’investissements de tous types.

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