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Arusha : pour quoi ? On se doit d’exiger la justice

Appel de membres de la société civile et des diasporas burundaises Politique

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Réfugiés burundais © HCR / K. Holt

Notre pays est aujourd’hui meurtri et martyrisé par un pouvoir acharné à cliver, diviser et détruire notre société. Ce pouvoir clos sur lui-même, et assis sur le piétinement de la loi commune, a déjà fait des milliers de victimes et jetés d’autres sur les chemins de l’exil.

 

Face à l'extrême violence, la terreur et la tyrannie imposées par ce régime et ce, en recourant à l'appareil sécuritaire étatique et aux milices Imbonerakure;

conscients de l'urgence d'agir pour éviter le pire qui semble se dessiner inexorablement et,

fidèles au courage et à la mémoire de tous ceux qui se sont sacrifiés pour préserver la vie et la dignité de tous, nous réaffirmons :

 

1. Notre condamnation des crimes commis depuis le 25 avril 2015 et notre conviction que le régime actuel rongé par la corruption porte l’entière responsabilité de la situation tragique dans laquelle se trouve notre pays.

 

2. Notre appel à l'arrêt immédiat des arrestations arbitraires, des exécutions extra-judicaires, des actes de torture ainsi que notre demande de la libération immédiate et sans conditions de tous les prisonniers politiques et pour la sécurisation des populations.

 

3. Notre totale adhésion à la lettre et à l'esprit de l'Accord d'Arusha.

 

4. Notre rejet de l'instrumentalisation de l'ethnicité par les autorités actuelles à des fins de captation personnelle du pouvoir.

 

5. Notre dénonciation de la gouvernance de la terreur et de l’insécurité manifeste dans la stratégie du pouvoir de démantèlement systématique et progressif des équilibres au sein des Forces de défense et de sécurité issus de l’Accord d’Arusha ainsi que la chasse à l’homme actuelle visant les ex-Fab.

 

6. Notre soutien aux forces démocratiques qui militent pour la restauration de l'Etat de Droit, seul garant du respect de la vie, de la sécurité de tous et de chacun, des libertés individuelles et collectives et de l’égalité de tous les citoyens sans aucune forme de discrimination.

 

7. Notre attachement à la lutte contre l'impunité : nul ne saurait être au-dessus de la loi et les victimes doivent être protégées et rétablies dans leurs droits. Car consacrer l’impunité par une politique de promotion de l’immunité de certaines autorités politiques actuelles, auteurs de crimes graves, au nom de la paix, reviendrait dans les faits à accorder un permis de tuer aux responsables des violations des droits de l’homme, à dénier l’accès à la justice aux victimes et à enraciner dans la société burundaise la culture de la brutalisation, de la torture, du viol et du meurtre. La défense des valeurs de Justice, si difficile qu’en soit le chemin, doit prévaloir sur la culture de l’impunité. Tout compromis qui aboutirait à la consécration de l'impunité serait une catastrophe éthique mais également une grande faute stratégique et politique. Aucune paix durable ne saurait se construire sur le déni de justice. On se doit de demander, d’exiger la justice pour les victimes de la répression.

 

8. Notre détermination à lutter contre l’idéologie du génocide, le discours racialiste et la xénophobie.

 

9. Notre aspiration et notre engagement à une solution négociée susceptible de mettre un terme aux souffrances de nos compatriotes et de préserver l’unité nationale. Nous le savons : le dialogue est un processus difficile, périlleux, risqué, exigeant courage, vision et détermination. Il s’agit de parler de demain et de voir l’avenir. Mais disons-le haut et fort : tout n’est pas négociable. Il est des fondements collectifs de toute aventure civilisationnelle qui ne sauraient être l’objet d’aucun négoce: ni la justice due aux victimes, ni la lutte contre l’impunité, ni le respect des droits de l’homme et des valeurs démocratiques, ni les garanties de protection physique pour tous, ne sauraient être sacrifiés au nom d’une paix à tout prix. Tout dialogue politique doit être fondé sur cette exigence-là.

 

10. Notre conviction que toute solution négociée ne sera viable que s’il est, d’une part, le produit d’un dialogue véritablement inclusif et ouvert à tous les acteurs, y compris aux mouvements armés et si, d’autre part, l’éventuel accord met en avant, privilégie d’abord le bien commun et non pas les intérêts particuliers de quelques acteurs politiques.

 

11. Notre appel au facilitateur à s’abstenir de toute démarche, acte et parole qui préjugeraient de sa neutralité et de sa mission : favoriser le dialogue inter-burundais et non imposer un accord favorable au pouvoir actuel.

 

12. Notre souhait de l'élargissement de la facilitation aux représentants de l'Union africaine, des Nations Unies et d'autres organisations et pays impliqués depuis le début dans la résolution de la crise actuelle.

 

Signataires : Pierre-Claver Mbonimpa, président d’APRODH (Association de protection des droits humains et des personnes détenues) ; Khadja Nin, artiste ; Innocent Muhozi, journaliste, directeur de Télé Renaissance ; Marie-Louise Baricako, présidente du MFFPS (Mouvement des femmes et filles pour la paix et la sécurité au Burundi) ; Pacifique Nininahazwe, militant des droits de l’Homme ; Armel Niyongere, avocat, président d’ACAT (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture au Burundi); Juliette Nijimbere, Collectif des femmes pour la paix et la démocratie au Burundi ; Alexandre Niyungeko, président de l’UBJ (Union burundaise des journalistes) ; Libérat Ntibashirakandi, professeur ; Teddy Mazina, photo-journaliste ; Gordien Niyungeko, secrétaire exécutif du FOCODE (Forum pour la Conscience et le Développement) ; Novat Nintunze, ingénieur ; David Gakunzi, écrivain.

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