Les effets du changement climatique — sécheresses, inondations et autres catastrophes hydrométéorologiques — intensifient de plus en plus la pression sur les ressources en eau et creusent les inégalités. Cette crise hydrique prive aujourd’hui 2,1 milliards de personnes à un accès sûr à l’eau potable et 3,4 milliards à des services d’assainissement adéquats.
L’eau : corvée invisible pour les femmes et les filles
Le dernier rapport des Nations Unies sur la question rappelle que lorsque l’accès à l’eau est absent ou défaillant, la collecte d’eau est majoritairement réalisée par les femmes et les filles. Une corvée qu’elles effectuent en parcourant de longues distances, transportant sur elles de lourdes charges. A l’échelle mondiale, ces trajets représentent chaque jour 250 millions d’heures. Et, dans plus de 70 % des foyers ruraux privés d’eau sur place, ce sont elles, souligne le rapport, qui assurent la collecte.
Parcourir des kilomètres pour chercher de l’eau induit des conséquences désastreuses sur la vie des femmes et des filles : moins de temps pour l’école, pour trouver ou exercer un emploi rémunérateur, pour participer à la vie publique. Mais aussi, plus d’expositions à des risques multiples – blessures, maladies, violences, harcèlement, voire même à l’exploitation. Dans les contextes de crise, notamment en situation de conflit ou de déplacements forcés, ces dangers se multiplient. Les points d’eau se transforment alors en lieux d’exposition où la recherche d’une ressource vitale devient un danger.
Par ailleurs, dans de nombreux pays, l’accès à l’eau est corollaire à la question des droits fonciers. Or, les femmes possèdent moins de terres, ou en ont un contrôle limité. Cette réalité structurelle réduit leur accès à l’eau pour l’agriculture, fragilise leurs moyens de subsistance et accentue les inégalités économiques.
Au niveau des villes, l’accès à l’eau dépend souvent de la possibilité d’acquisition d’un logement digne. Les populations vivant dans des quartiers pauvres – où les femmes sont particulièrement vulnérables – sont particulièrement privées de services fiables.
Mesures concrètes
Le rapport appelle à des mesures concrètes : rapprocher l’eau des foyers, investir dans des données sexuées pour rendre visibles les inégalités, lever les obstacles juridiques et financiers, et surtout, renforcer la participation des femmes. Car, constate le rapport, la représentation des femmes dans les instances de gouvernance des services publics ou des secteurs techniques, demeure largement minoritaire et, ce, malgré leur rôle central. Or, là où les femmes participent aux décisions, les services publics sont plus équitables, plus efficaces, plus durables.
Inégalités de genre
La crise de l’eau révèle une économie cachée. Celle du temps et du travail non rémunéré, qui soutient des systèmes entiers sans jamais apparaître dans les bilans. Cette réalité justifie un changement de perspective : considérer l’accès à l’eau non seulement comme une question d’infrastructures, mais aussi comme une question de justice. Le rapport souligne aussi que derrière ces difficultés se joue une autre crise, plus silencieuse : celle des inégalités de genre.






